|
Un aperçu
|
||
|
Vendez vos livres déjà imprimés
CONCOURS D'ÉCRITURE À VENIR
|
|
|
|
Éditions
C. ROUSSEAU, Roman Collection junior 14,95 $
|
Endos Michel Aubin a écrit de nombreux ouvrages dans des domaines divers : des centaines de textes de chansons, deux livres d’enseignement de l’harmonica, des spectacles d’humour, des chroniques d’humour, des reportages, etc. Bachelier en rédaction-communications, il a corrigé plusieurs livres et rédigé des milliers de rapports, notamment en psychothérapie, ainsi que des évaluations psychosociales, des travaux universitaires, des plans d’affaires, etc. Il nous présente ici son premier roman dans lequel il a utilisé toute la force des mots pour en faire une œuvre délicieuse. Laurier Dugas en a assez qu’on rit du gars. À 14 ans, Laurier est un gars très gêné, au point de s’empêcher de faire ce qu’il aime, même s’il a plein de talents. Il se retrouve donc souvent seul. Il s’invente alors un ami, sorte de fantôme invisible, avec lequel il converse et qui lui donne des conseils précieux et très pratiques. Avec l’aide de son Nesprit et de sa cousine Tanya, géniale et folle raide, Laurier réussit à vaincre cette gêne qui le paralyse et commence enfin à vivre. Il apprend à s’amuser, à rigoler, même de lui-même, et à développer des talents qu’il ignorait posséder. Cette histoire est pour vous. Avec humour et profondeur, elle vous fera rire généreusement et découvrir d’excellentes façons de voir la vie. Cette histoire vous fera du bien. C’est promis. |
|
|
Un drôle de nom
Quand on vient au monde, on ne choisit pas son nom. Moi, je m'appelle Laurier Dugas. Croyez-moi, j'en ai essuyé des moqueries. Paraît que le rire est un signe de santé. Alors, faut pas se gêner! Quand y a d'la gêne, y a pas d'plaisir! Ça fait qu'on ne se gêne pas pour prendre plaisir à rire à ma santé. Mais moi, ça me rend malade! Vous avez deviné : je suis un grand timide. Gêné, comme on dit. À ce stade-ci, au moment où je commence à vous confier mes états d'âme, je sais deux choses : plusieurs n'ont rien à faire avec la gêne, parce qu'ils ne l'ont pas connue, et plusieurs, peut-être plus qu'on pense, la vivent en secret. Pourquoi ? Parce que la gêne est une maladie «honteuse». On trouvera toujours une victime pour nourrir son besoin de rire. On trouvera toujours une façon de «rire du gars». «Là riez du gars!». Ça fait rire bien du monde. Yak! yak! Mais moi, ça me fait «frire». Fchchchch...! J’ai appris que « gêne » vient de « géhenne », là où habite le diable. Je ne suis pas seul à résider dans cet enfer. Tenez, par exemple, j'ai un ami qui a la malchance de s'appeler Fabien Bellechasse. Eh bien, on rit de lui parce qu'il n'a jamais tenu un fusil dans ses mains. À 14 ans, il n'avait jamais chassé autre chose que des papillons et... quelques filles... Pauvre Fabien! Le problème c'est son nom de famille. C'est vrai! Fabien Lamour ou Fabien Lemieux (qu'y peut) le décrirait mieux, selon lui. En forçant, Sesdevoirs ou Sonjob, ou même Sonpossible, auraient avantageusement remplacé ce nom de famille qui fait de lui, tout comme moi d'ailleurs, une cible facile pour tous les chasseurs de ridicule. Le ridicule ne tue pas, me direz-vous ? Peut-être qu'il ne tue pas automatiquement, mais il risque de blesser, et pour longtemps. Et tout bon chasseur sait que ce n'est pas correct de blesser une bête. Il faut l'achever, sinon on la fait souffrir pour rien. C'est bête, mais ça me rappelle une histoire que m'a racontée ma mère. Quand elle était petite, il y avait dans sa classe un garçon qui s'appelait Alonzo Bordeleau! Quand le prof l'appelait par son nom, tout le monde se levait et faisait mine de sortir pour aller au bord de l'eau. Ils ont bien ri. Le moins drôle c'est qu'il est mort noyé l'année suivante. Splatch!... gloub!... gloub!... Un de mes oncles avait un prof d'histoire qui s'appelait Géo Blier! Quand on sait que, dans ce temps-là, l'histoire c'était rien que du «par cœur», y a de quoi rire. Quand le prof, que mon oncle appelait le prof «fesseur», lui posait une question du genre : «En quelle année Untel a-t-il écrit ses mémoires ?», le pauvre répondait souvent : «J'ai o'blié!». Je vous jure qu'il en a mangé des coups de règle sur les doigts. Parce que dans ce temps-là, ils avaient le droit. Ça, il ne l'a jamais oublié. Que voulez-vous, la mémoire du corps est souvent plus forte que celle de l'esprit. Toujours est-il que je m'appelle Laurier Dugas. Du moins jusqu'au jour où j'aurai les moyens de changer de nom. J'ai pensé, ce jour-là, choisir un nom bien ordinaire; comme ça je serai sûr qu'on ne pourra plus rire de moi. Je pourrais m'appeler : Pierre Jean, Jean Jacques, Pierre Jacques, Jean Pierre, Jean-Pierre Jacques, ou même Pierre-Jean Jacques! Enfin, pour l'instant, je dois accepter ce nom auquel je dis : non! Mais oui. Sinon... je souffre pour rien, nom de nom! Ce n'est pourtant pas moi qui l'ai choisi ce damné nom. Ce sont mes parents les coupables. Moi, je n'étais même pas là. Je pense qu'eux aussi, à ce moment-là, n'étaient pas tout à fait là. Ils auraient pu tout aussi bien m'appeler Aimé. Aimé Dugas! Il me semble qu'on aurait aimé quelque chose du gars au lieu d'en rire. Il m'a fallu du temps pour parvenir à en rire moi-même. Mais il me semble que c'aurait été plus facile si je m'étais senti aimé... Parce que, il faut bien le dire, au début de mon adolescence, au moment où commence mon récit, y a pas grand monde qui m'écoutait. Y a pas grand monde qui me parlait non plus. Ça faisait longtemps que mes parents ne se parlaient presque plus et qu'ils s'écoutaient encore moins. Ils ne pensaient qu'à leurs problèmes d'adultes. De vieux problèmes d'adultes... Parce que les problèmes de jeunes, les jeunes problèmes de jeunes, sont des problèmes qui n'ont pas encore assez grandi pour qu'on les prenne au sérieux. Et si on ne s'en occupe pas, ils grandiront... tellement que même les adultes n'y trouveront plus de solution. C'est pour ça que j'ai décidé de m'en occuper. Avais-je le choix ? Non! Nom de nom! J'avais 14 ans quand le déclic s'est fait. Je n'en pouvais plus d'être timide; ça commençait à me gêner sérieusement. J'ai décidé de m'ouvrir au monde, de surmonter cette peur du ridicule qui me rendait ridicule. Il faut dire que je n'ai pas si mal réussi. La preuve est que je suis là en train de vous raconter mon histoire, sachant que plusieurs ne me croiront pas! Et pourtant, quatre ans plus tard, j'ai réussi à vaincre ma timidité, à prendre confiance en moi, sans rien voler à personne, simplement en essayant de comprendre comment ça fonctionne. Ma révolte à moi s'est traduite par une retraite intérieure. J'ai développé une relation avec moi-même que personne ne pourra m'enlever. Même si je ne suis pas responsable de ma situation, en ce sens que je ne l'ai pas causée, je suis la seule personne sur cette planète qui puisse y faire quelque chose. Alors, même si je jetais à mes parents leur incompétence en plein visage, ils n'y pourraient pas grand chose. Ils ont lancé une flèche, de leur mieux, dans les circonstances qu'ils connaissaient à ce moment-là, incapables de prédire quels murs elle allait «décider» de traverser. C'est lorsque j'ai accepté mes décisions, que j'ai arrêté d'en rendre les autres responsables, que j'ai commencé à surmonter mon handicap. Aujourd'hui, ma gêne ne me gêne presque plus. Elle paraît à peine. Ce qui en reste passe, aux yeux des autres, pour du respect envers eux. Avec le temps, j'ai appris à nommer mes émotions, à formuler tranquillement mes pensées dans mon esprit et à les exprimer. J'ai commencé aussi à me féliciter. Au moment où je vous écris, je fête une importante victoire personnelle : je viens de jouer le rôle principal d'une pièce de théâtre que j'ai écrite moi-même et dans laquelle je jouais le rôle d’un gars timide qui a réussi à surmonter sa gêne... Enfin, vous me suivez ? |
||